A la source des Méandres

Sur tous les bassins qui ruissellent vers l’océan Atlantique ou vers la mer Méditerranée, il n’y a pas un seul cours d’eau naturel dont le lit ne connaisse de « méandres ». A force de parcourir à pied des cours d’eau, et aussi du haut de Google Earth, je me suis souvent questionné sur l’origine de toutes ces formes étonnantes qui jalonnent le lit des rivières. Je vous livre ici quelques-unes de mes réfléxions.

D’où vient le mot « méandre » ?
Tout a commencé dans la mythologie grecque par un « dieu fleuve » (ποταμός = potamós ; il y en a environ trois mille, tous fils d’Océan et de Téthys) associé à un fleuve d’Asie Mineure bien réel et particulièrement sinueux tout au long de son cours. Les Grecs l’ont nommé, il y a quatre à cinq mille ans,  Μαίανδρος (Maiandros en alphabet latin).

Ce fleuve qui se trouve aujourd’hui sous la tutelle de la Turquie a été rebaptisé en langue turc Büyük Menderes (Grand Méandre en français).

L’appellation Μαίανδρος / Maiandros est devenu au fil des millénaires la racine du mot qui désigne les sinuosités d’un fleuve dans une cinquantaine de langues. Le Main (affluent rive droite du Rhein / Rhin) et le Miño / Minho (fleuve d’Espagne et du Portugal) dériveraient également de Maiandros.

Le fleuve Maiandros originel décliné dans de nombreuses langues. © plblaix / ligne de partage

Le Büyük Menderes qui s’écoule au sud-ouest de la Turquie (région Egéenne / Ege Bölgesi) a une longueur de 534 km.
Son cours est en apparence assez linéaire selon une direction est-ouest. A vol d’oiseau, 271 km séparent sa source de son embouchure. Sa longueur réelle est donc presque doublée par les méandres ce qui le place dans les grands cours d’eau les plus sinueux. Les Grecs avaient bien raison !
Source : 38° 3’6.45″N 30°10’31.17″E près de Dinar (110 000 habitants, Ege Bölgesi).
Embouchure :  37°32’23.08″N 27°10’5.88″E dans le golfe d’Ikaria (mer Egée) « en face » d’Athína /Athènes (à 308 km vers l’ouest).

Les méandres dans l’art ?
L’appellation « méandres » est aussi utilisée dans un sens figuré pour évoquer notamment le cheminement de nos pensées. On retrouve le thème des « maiandros », directement inspiré des cours d’eau sinueux, dans de nombreux motifs ornementaux : bijoux, tapisseries, bâtiments, etc. L’un de ces motifs sous forme de frise est même dénommé « la grecque ». Un exemple en haut à droite de l’image ci-dessus et aussi iCi.

Comment se dessinent les méandres ?
La trace « géomorphologique »  de chaque cours d’eau est le résultat de l’interaction de très nombreux facteurs, comme une équation si complexe que seule la nature parviendrait à la résoudre.
Ci-dessous, quelques jolis secteurs à méandres de nos fleuves vus d’en haut.

Exemples de quelques grands méandres © plblaix / ligne de partage

Des évolutions souvent imprévisibles
Pour qu’un cours d’eau se forme, il faut de l’eau, de la gravité et une pente du terrain, même infime.
Si la pente cesse, l’eau s’étale ou bien le niveau s’élève jusqu’à trouver un exutoire par une nouvelle pente naturelle (ou parfois au travers de réseaux souterrains dans les zones karstiques).
Avec le temps (compter aussi en millions d’années !), les phénomènes d’érosion, les accidents de terrains, l’évolution du climat façonnent le lit et le tracé longitudinal des cours d’eau que l’on observe aujourd’hui.
L’eau (pluie, fonte des neiges et glaces, réserves en amont) est mise en vitesse par la gravité le long d’une ligne de pente influencée par les reliefs, le profil des terrains et les obstacles locaux.
La vitesse de l’eau crée des turbulences qui mettent en suspension certains matériaux des terrains traversés. La capacité érosive de l’eau ainsi « chargée » devient alors plus importante.
Lorsque le cours d’eau forme une courbe initiale (par exemple du fait de reliefs à contourner), l’érosion devient plus forte à l’extérieur de la courbe (du fait de la force centrifuge créée par la vitesse) et les sédiments transportés ont tendance à se déposer à l’intérieur de la courbe, là où la vitesse diminue.
Ce processus a tendance à accentuer les courbes qui peuvent s’enchaîner sur de très longues distances.
Les méandres qui dépendent également de la résistance des terrains (depuis les sédiments meubles jusqu’aux roches dures) peuvent finir par se stabiliser (un équilibre naturel) ou bien évoluer en permanence en laissant sur le terrain des traces de méandres fossiles plus ou moins anciens.
De nos jours, l’homme transforme le plus souvent les processus naturels par des constructions  de seuils (pour éviter le creusement du lit), de barrages (pour stocker l’eau) et de digues (pour protéger les populations des inondations). Ces travaux d’artificialisation détruisent l’environnement naturel sans toujours apporter des solutions raisonnables et durables.
Enfin notons que la grande variabilité des débits, depuis les étiages les plus sévères jusqu’aux crues extrêmes, vient souvent bouleverser le lit des cours d’eau rendant l’équation de leur tracé encore plus imprévisible.

 

2 réflexions au sujet de « A la source des Méandres »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *