Des cours d’eau à la trace

Toute carte, papier ou numérique, identifie parfaitement les villes et les routes. En utilisant un navigateur ou internet, on peut très facilement calculer les distances entre deux lieux. Par contre, quand on s’intéresse aux cours d’eau, il est très difficile d’avoir une vue globale des fleuves et de leurs affluents et encore moins de connaître les longueurs des cours d’eau et les distances entre différents lieux par la rivière. D’autre part la longueur des cours d’eau divergent souvent selon les sources (wikipedia ou autres organismes). Ceci provient soit de mesures imprécises, soit d’hypothèses différentes concernant la source des rivières ou leur débouché (confluence ou embouchure).

Devant cette situation hydrographique floue, l’association Ligne de Partage a entrepris de réaliser systématiquement un tracé précis des cours d’eau qui l’intéressent. Après avoir numérisé plus de 100.000 km de cours d’eau, nous avons acquis une bonne expérience du tracé en utilisant principalement Google Earth Pro.
Parcourir les cours d’eau en les traçant est aussi un excellent moyen de traverser depuis son fauteuil les pays et de comprendre l’importance de l’eau dans la vie des hommes.

Nous partageons donc ici notre expérience sous la forme de conseils pour bien tracer un cours d’eau. Ces conseils peuvent aussi s’appliquer au tracé d’un parcours ou d’un chemin.

Préférer des tracés très précis : chaque fois que nous avons tracé trop vite une rivière ou un chemin, nous l’avons regretté et nous avons ensuite passé beaucoup plus de temps à corriger le tracé. Il vaut donc mieux réaliser des tracés très précis qui répondront à toutes questions sans plus jamais les retoucher.
Nous utilisons pour cela principalement Google Earth Pro et notamment l’outil « ajouter un trajet » (voir image ci-dessous).
Commencer par rechercher la ou les sources du cours d’eau pour choisir le point de départ amont le plus pertinent.
Toujours tracer le cours d’eau de l’amont vers l’aval même s’il est plus facile de repérer d’abord un confluent ou une embouchure. Suivre le sens de l’écoulement s’avère à l’usage plus naturel.
Commencer par faire un tracé rapide à grands traits de la source vers le débouché du cours d’eau. Dans les zones montagneuses, utiliser si nécessaire la fonction « relief » pour bien identifier les vallées en inclinant et en faisant tourner la vue.

Exemple du tracé de la Moulouya (Maroc)

A ce stade, on peut commencer le tracé définitif précis avec un nombre de points suffisamment dense pour suivre fidèlement toutes les courbes du cours d’eau :
Choisir une altitude de la vue qui permette la meilleure précision en fonction de la qualité de l’image : le plus souvent une altitude inférieure à 1000 m permet de voir parfaitement le cours d’eau.
La distance optimale entre les points est variable suivant l’importance et la sinuosité du cours d’eau : de quelques dizaines à quelques centaines de mètres entre les points. Plus on a de points, plus le tracé est précis et sa mesure fidèle à la réalité. Voir aussi l’article A la source des méandres.
Positionner toujours les points sur l’axe central de l’écoulement. En cas de lacs ou retenues, on positionne chaque point au milieu de la largeur de l’eau stockée.
En cas de bras multiples, choisir le bras le plus naturel en évitant les canaux artificiels d’irrigation ou d’alimentation des centrales hydroélectriques ainsi que les canaux spécifiques à la navigation. Lorsqu’il y a plusieurs bras naturels, suivre le plus important. Eviter les bras trop étroits ou morts.
Dans certains cas de cours d’eau invisible (trop petit ou masqué par la végétation), ouvrir en parallèle une vue topographique de la même zone (Google Maps ou carte officielle du pays) afin de rester fidèle à la réalité. On peut aussi choisir dans l’historique des images Google (cliquer en bas à gauche puis en haut à gauche), celle qui montre le mieux la rivière (meilleure éclairage, plus d’eau, moins de végétation).
Ne pas tracer pendant trop longtemps car l’attention se dégrade avec la fatigue. Préférer le faire par petits morceaux sans dépasser 1/2 heure. Ainsi le plaisir de la découverte et la qualité du tracé demeurent.

Le nombre moyen de points dépend des sinuosités du cours d’eau. Voir aussi Méandres

Un tracé qui respecte tous les conseils ci-dessus, sans erreur ou biais systématique, garantit une précision sur la mesure des longueurs (totales ou intermédiaires) supérieure à un millième (moins d’1 km d’incertitude sur 1000 km).
Dans les publications, les hypothèses prises concernant la source et l’embouchure (ou confluent) doivent être indiquées (noms et positions GPS) pour éviter toute ambiguïté.
Une fois le tracé terminé, le classer dans un dossier du pays ou du bassin du fleuve concerné afin de le retrouver plus facilement. Toujours sauvegarder les « lieux préférés » de Google Earth sinon ils sont perdus lors de la fermeture (ou du plantage) de l’application.
Ces tracés nous permettent de répondre précisément à toutes questions concernant les longueurs et les distances intermédiaires des fleuves et de leurs affluents. Ils permettent aussi des représentations cartographiques adaptées à chaque thème que l’on souhaite développer.
En conclusion, il est important de répéter qu’investir plus du temps pour réaliser un tracé très précis permet ensuite d’en gagner beaucoup lors de chaque utilisation.
L’association Ligne de Partage dispose de plus de 100 000 km de tracés précis de cours d’eau concernant une quinzaine de pays. Elle peut mettre à disposition certains de ses fichiers sur demande motivée à faire en suivant ce lien.

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