Güejar, cousine d’Albepierre

Commençons notre récit par Güejar Sierra, une vaste commune espagnole (239 km², 2956 habitants) située à une quinzaine de km à l’est de Granada.
Güejar Sierra fait partie des 88 communes de la ligne A/M en Andalucía.
Elle partage avec deux de ses voisines, Trevélez et Capileira, le titre envié de communes les plus élevées de l’Espagne continentale puisque son territoire remonte jusqu’à l’arête principale de la Sierra Nevada qui relie le pico Veleta (3396 m) au mont Mulhacén (3482 m), point culminant de la péninsule ibérique, 78 m plus haut que le pic d’Aneto pyrénéen. Le sommet du Mulhacén se trouve au plus près à seulement 33,5 km de la Méditerranée, sur la côte de la commune de Sorvilán (Andalucía, Granada). Depuis le sommet, on regarde donc la mer avec une pente de plus de 10%… C’est assez rare !

Le territoire de la commune de Güejar Sierra, bordé sur 15 km par la ligne de partage A/M, se trouve entièrement sur le bassin atlantique du Guadalquivir, un des 20 grands fleuves de la ligne A/M, et son affluent principal (rive gauche), le río Genil, y prend sa source sur les flancs nord du Mulhacén. Depuis 1989, un grand barrage (156 m de hauteur) sur le río Genil forme l’embalse de Canales (71 millions de m³ de réserve), juste en dessous du pueblo principal.

Carte guejar sierra

Mais l’histoire ne s’arrête pas là !
Il se trouve qu’un des éminents membres de notre association, Michel Cerdan, a mené en 2015 un projet très original et émouvant entre art, patrimoine et racines (un article en espagnol sur Michel iCi).

Michel a relié à pied Santiago à Güejar Sierra en suivant à l’envers deux chemins de Compostelle réputés, la via de la Plata et le camino Mozarabe. Et ceci en mémoire de ses ancêtres qui ont émigré en 1680 depuis Albepierre (royaume de France sous Louis XIV) vers Güejar Sierra (royaume d’Espagne sous Charles II). Des liens commerciaux existaient déjà entre le Cantal et l’Espagne, et l’Andalucía, vidée de ses habitants au 16ème siècle, avait besoin de se repeupler. Deux événements ont pu, à cette époque, faciliter les relations entre la France et l’Espagne : le traité des Pyrénées, signé le 7 novembre 1659, qui a consacré 300 km de ligne A/M comme frontière « de paix » entre les 2 pays (un cas unique sur une telle longueur), suivi du mariage, le 9 juin 1660 à Saint-Jean-de Luz (Donibane Lohizune en basque), entre Louis XIV et l’Infante Marie-Thérèse d’Autriche, fille du roi d’Espagne Philippe IV.

Tout au long de son chemin « géogénéalogique », Michel a fait des rencontres extraordinaires et a ramassé caillou après caillou, bien choisis, qu’il a géolocalisés et accompagnés d’une note manuscrite écrite en direct dans la sensibilité du moment. Quand son sac devenait trop lourd, lui faisant risquer tendinite ou « talon jusqu’à l’os », il attendait l’ouverture du Correos local et envoyait sa collecte par colis à Paris où un lieu de culture dénommé le MOTif les a exposé en direct. Une exposition complète de la réalisation de ce projet sera également organisée en 2016.

Venons-en donc à Albepierre, devenu depuis 1953, Albepierre-Bredons suite à une modification des territoires communaux.

Carte albepierre
Disons le tout de suite, cette petite commune du Cantal (région Rhône-Alpes-Auvergne) de 34 km² et 221 habitants n’est ni traversée ni bordée par la ligne A/M.
Et pourtant elle intéresse notre association pour au moins 3 raisons, en plus du plaisir que nous avons à partager l’excellent projet de Michel :
> C’est une commune de montagne qui a des similitudes avec sa cousine de la ligne andalouse, Güejar Sierra : située au pied et au nord d’une montagne significative, ici le Plomb du Cantal (1855 m), 2ème sommet du Massif Central derrière le Puy de Sancy (1886 m, 52 km plus au nord).
> Un tripoint remarquable se trouve 200 m au sud du Plomb du Cantal, toujours sur la limite communale, entre les bassins de la Loire (par l’Alagnon et l’Allier), de la Garonne (par la Truyère et le Lot) et de la Dordogne (par la Cère).
> Occasion de relancer la vieille question qui intéresse forcément nos passions fluviales : la Dordogne est-elle un fleuve ou simplement un affluent de la Garonne ? En effet, Dordogne et Garonne, deux cours d’eau à poissons migrateurs, se rejoignent au Bec d’Ambès pour former l’estuaire de la Gironde qui fait déjà partie du domaine maritime. A noter cependant que la Dordogne a un débit et un bassin versant environ 2 fois plus faible que la Garonne, ce qui explique sans doute que la Garonne ait finalement été élue…

Cette histoire est à suivre, avec notamment ce nouveau périple à partir de mai 2016. Description complète iCi !

 

 

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