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Le Maroc au bout du Partage

Quelques courtes vidéos que l’on retrouve aussi au fil de cet article : Cairn MéAtSa Tounfite et le Jbel Masker  Femmes au lavage • Descente vers la Moulouya  Sublime Saïd  Ramadan à Taourirt  Embouchure Moulouya  Extrémité nord du Maroc  •
Près de 1500 photos de ce périple sont visibles sur la page facebook Ligne de Partage de notre association (remonter entre le 1er mai et le 1er juin 2018 ; page visible même par les personnes sans compte facebook). Des accès directs à quelques journées mémorables sont aussi disponibles dans chaque paragraphe. Partagez et faites connaître !
La trace kml (pour google earth et maps) de la totalité de ce périple est disponible sur simple demande.

Le projet
Le Maroc partage avec la France et l’Espagne la caractéristique originale de posséder une façade maritime à la fois sur l’Atlantique et sur la Méditerranée. La ligne A/M marocaine traverse sur une longueur de 922 km les massifs du Rif, du Moyen-Atlas et du Haut-Atlas oriental.
• Le 2 août 2016, mon périple à pied commençait à l’extrémité nord de la ligne A/M, entre Tchéquie et Pologne.
• Le 8 mai 2018, jour d’armistice en France, je rejoindrai l’extrémité sud de la ligne A/M, au Maroc.
Entre ces deux extrêmes, la ligne A/M déroule ses 8100 km de partage.
Ce nouveau périple (le 18ème) arrive 43 ans après ma première découverte du Maroc à l’occasion d’un grand tour de la Méditerranée orientale en auto-stop. Et ce sera aussi 35 ans après mon dernier séjour au Maroc où j’ai eu la chance de vivre deux années magnifiques comme professeur de mathématiques au lycée Jamal Eddine el Mehyaoui de Casablanca  -> photo souvenirMes loisirs étaient déjà largement occupés à gravir des sommets, souvent à skis, mais pas encore avec la ligne A/M en tête : Toubkal, Aksoual, Meltsene, Tazarharht, Mgoun, Ouagoulzate, Azourki, Ayachi et tant d’autres.

La réalisation

Je suis entré au Maroc le 1er mai 2018 à Fès où j’ai été magnifiquement accueilli par Thami et Celou.
Au total, j’ai marché 975 km sur les 1720 km parcourus. J’ai beaucoup refusé des véhicules qui s’arrêtaient spontanément pour me transporter, ma priorité étant de marcher, seul moyen de découvrir en profondeur. Mais quand les distances étaient trop longues entre deux lieux de vie, j’ai accepté ces offres spontanées et aussi fait de l’auto-stop. Tant de gentillesse et de générosité dans ces camions, voitures, taxis, triporteurs, motos… Merci à tous !

> Grand départ : le 3 mai, j’ai quitté Fès à pied puis en auto-stop. J’ai tenu à passer à pied le col de Zad (2178 m), l’un des 17 cols routiers traversant la ligne A/M à une altitude supérieure à 2000 m. J’ai dormi à Zaida à deux pas de la Moulouya, ce fleuve que je me suis mis à aimer à force de l’étudier. -> fb 3 mai
> Conférences : les 4 et 5 mai, j’ai eu la chance de participer au 6ème printemps de Timnay à deux pas de l’oued Ansegmir, le plus important affluent du haut bassin de la Moulouya.  Et dans la soirée du 5 mai, j’ai été accueilli comme un frère par les membres de l’association Haute-Moulouya de Midelt. Ces conférences sont le meilleur moyen de faire découvrir la ligne A/M. Un grand merci à Mihamou, président du club Optimiste Maroc et à Youssef, le patron de Ksar Timnay.     -> fb 4 mai     -> fb 5 mai

Deux conférences données au Maroc à Timnay et Midelt

> Tounfite : depuis Timnay, j’ai rejoint Tounfite le 6 mai,  accueilli par Hamid, fidèle membre de notre association. J’ai rencontré Moha Chaqiri, président de la commune rurale de Tounfite (l’équivalent d’un maire) afin de le sensibiliser à l’intérêt de mettre en valeur la ligne A/M qui traverse sa région.  -> fb 6 mai

> Méatsa : le 7 mai, avec Hamid, nous nous sommes mis en marche vers Agoudim, autre commune rurale de la ligne A/M dont nous avons rencontré le président Haddou Bouyezgarne. Le 8 mai, jour d’armistice, de paix et de fraternité, nous avons gravi comme prévu la montagne située au sud d’Anemzi pour atteindre le fameux tripoint MéAtSa sur une crête à 2900 m d’altitude. Il s’agit de l’extrémité sud de la ligne A/M, là où elle rencontre le bassin du Sahara. Nous y avons construit un GRAND CAIRN !
 ->  vidéo à 360°    -> fb 7 mai  -> fb 8 mai
> Masker : le 9 mai après la nuit passée à Anemzi, nous avons gravi le Jbel Masker (3277 m) et sommes redescendus dans des conditions difficiles de brouillard par le versant nord enneigé pour rejoindre Tounfite. Le Jbel Masker est le point culminant de la ligne A/M au Maroc. Cette crête de 20 km de longueur est aussi le plus méridional des 235 sommets de plus de 3000 m qui jalonnent la ligne A/M.
-> panorama ->  fb 9 mai  -> fb 10 mai  -> fb 11 et 12 mai  -> fb 13 mai

Jbel Masker (3277 m), 20 km de crête dont 5 km partagent les eaux entre A et M.

> Oued Moulouya : la suite de ce périple a consisté à descendre le plus possible à pied le cours de la Moulouya. Le montage photographique ci-dessous donne un aperçu de l’immense plaisir que j’ai eu pendant ce mois de mai à croiser si souvent cette chère Moulouya depuis le Haut-Atlas oriental jusqu’à son embouchure dans la Méditerranée.
-> fb midelt aouli -> fb gorges moulouya  -> vidéo embouchure  -> fb embouchure moulouya

> Trois Fourches : ce cap des Trois Fourches, je voulais y aller à pied et je n’ai pas été déçu ! J’ai d’abord contourné l’enclave espagnole de Mellila avec ses impressionnantes grilles « anti-migrants ». Je m’y suis frotté (une deuxième fois après une sérieuse alerte à la frontière entre le Maroc et l’Algérie peu avant Saïdia) à la vigilance des militaires qui interdisent toutes photos de leurs positions. L’orage passé (et les photos effacées…), j’ai poursuivi à pied vers Tibouda et le fameux cap des Trois Fourches. Y aller à pied rend ce cap inoubliable !  -> fb trois fourches

Cap des Trois Fourches, le 24 mai 2018, après 45 km de marche !
En bas, les 13 fleuves côtiers marocains A/M et aussi quelques fleuves orphelins (en vert).

> Treize fleuves côtiers : la deuxième partie de mon périple marocain a consisté à rejoindre le Rass Qassarin (pointe nord du Maroc, vidéo iCi) en traversant les 13 fleuves côtiers dont le bassin remonte jusqu’à la ligne A/M dans le massif du Rif. La carte ci-dessus illustre la belle symétrie entre les côtes du Maroc et de l’Andalucía.
Sur la planche photographique ci-dessous sont regroupés la totalité des fleuves côtiers concernés ainsi que quelques fleuves orphelins.
-> fb al-hoceïma  -> fb jebha   -> fb stehat -> fb tetouan -> fb m’diq -> fb belyounech  -> fb ceuta
> Andalucía : j’ai quitté le Maroc le 1er juin en entrant dans la presqu’île espagnole de Ceuta. Le lendemain, j’ai rejoint Algeciras puis Málaga. J’ai terminé mon périple par 3 étapes à pied du camino Mozárabe jusqu’à Antequera, croisement de mon chemin de 2015 de Tarifa à Bilbao, et enfin La Roda de Andalucía, excellent souvenir de mon chemin de 2016 de São Vicente à Palos. Merci à Nelia pour son accueil à La Roda !
-> fb gibraltar málaga  -> fb mozárabe 1   -> fb mozárabe 2    -> fb mozárabe 3

En guise de conclusion…
Je remercie tous les gens si dévoués qui m’ont tant aidé au cours de ce périple. Le Maroc oriental, équivalent du bassin méditerranéen marocain, est vide de tourisme. Mis à part quelques « attelages arrogants » vus sur des routes, énormes camping-cars ou 4×4 tirant de gros quads sur remorque… Le tourisme détruisant tout, le Maroc oriental est donc épargné et très authentique. On peut y marcher partout, même au bord des nationales qui sont peu circulantes et toujours avec de larges bas-côtés.
En un mois, je n’ai jamais été confronté un seul instant à de l’hostilité. Le fait d’être à pied avec sac sur le dos rapproche, favorise les rencontres d’égal à égal et attise la curiosité naturelle. J’ai vécu de nombreux moments très émouvants pendant ce périple, notamment face à la pauvreté, misère parfois, de gens toujours gentils, généreux et hospitaliers.
La moitié de mon périple s’est déroulée en période de Ramadan. Du jour au lendemain, les rues et les terrasses de café, d’ordinaire si animées, sont devenues vides pendant la journée. Un choc au début, mais on s’habitue à tout. J’ai particulièrement apprécié les nombreux repas traditionnels de fin de jeûne au milieu de la population, des moments intenses de communion fraternelle.
J’ai regretté tous les jours, la place si particulière réservée aux femmes, le plus souvent invisibles. Le Maroc où j’ai vécu il y a près de 40 ans était moins « radical ». Une forme de « radicalité » qui semble plus provenir de la population elle-même que de la politique de l’Etat. Pauvreté et place des femmes me paraissent liées.
Enfin, je rappelle que mon périple avait comme objectif principal de faire connaître la ligne de partage des eaux Atlantique-Méditerranée, par les gens qui habitent ces lieux mais aussi par les sphères du pouvoir. Si chacun s’approprie cette LIGNE naturelle et participe à la faire connaître,  elle pourra attirer quantité de marcheurs, à l’image du Continental Divide Trail américain ou des caminos de Santiago. Un « éco-tourisme » à pied qui fera vivre de nombreux douars isolés sans détruire les belles valeurs du Maroc.